[EN] Serrure connectée : vers la fin des clés ?

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L’expert : François-Xavier Jeuland. Président de la Fédération française de domotique, ingénieur spécialisé en domotique et multimédia, diplômé de l’INSA (Institut national des sciences appliquées), membre de la Smart Building Alliance et consultant indépendant auprès des architectes, des bureaux d’études, des collectivités, des fabricants, des installateurs et des particuliers. Il est l’auteur du livre La Maison Communicante – Réussir son installation domotique et multimédia (4e édition), Eyrolles.

Les serrures connectées ne sont pas vraiment une nouveauté. Pourquoi en parle-t-on aujourd’hui ?
François-Xavier Jeuland : En effet, depuis longtemps, il existe des systèmes de badges, de digicodes ou de lecteurs de cartes pour actionner une serrure. Le milieu professionnel et l’hôtellerie les utilisent, mais pas les particuliers. Ce genre de solution reste onéreux et pouvait apparaître comme un peu gadget. Mais aujourd’hui, la facilité de connexion change tout. Là, en l’occurrence, il n’y a plus aucun câble à installer, ni de clavier. Juste un boîtier à pile sur la serrure. C’est la domotique 2.0…
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Le smartphone, avec une application dédiée, déclenche l’ouverture par liaison sans fil NFC ou Bluetooth, comme pour ce modèle Smart-Lock, d’Okidokeys (qui vient d’obtenir le prix de l’innovation à la foire de Paris 2015). Le propriétaire aura choisi un ou plusieurs codes, chacun étant éventuellement associé à des plages horaires. © Okidokeys
Pensez-vous qu’il s’agisse là d’une fonction vraiment utile ?
Je l’ai installée chez moi et, contrairement à beaucoup d’objets testés, elle a été adaptée par ma famille en quelques jours ! Mais si un client vient se renseigner sur la serrure connectée avec seulement l’idée de remplacer ses clés, il risque d’être déçu.
Le professionnel devra lui expliquer toutes les fonctions qu’elle peut apporter. Elle peut alors devenir un cheval de Troie pour la domotique. Le client verra lui-même ce qu’il peut faire avec et l’utilisera à sa guise. Par exemple, la serrure connectée permet aux parents de savoir quand sont rentrés ou sortis leurs enfants, de laisser l’accès à une entreprise dans une certaine plage horaire, de louer sa maison pendant les vacances, etc. Et au-delà, le client pourra avoir envie de déclencher des automatismes à partir de l’ouverture de la porte (chauffage, volets, musique, etc.). C’est aux utilisateurs de décider comment ils vont se servir de toutes ces fonctions. Beaucoup d’installations domotiques sont encore trop chères, trop complexes ou trop rigides.
La serrure connectée, comment ça marche ? Elle s’installe à la place de la serrure classique (et, de ce fait, doit répondre aux normes européennes, plus exigeantes qu’aux États-Unis) et assure une connexion radio, par exemple Bluetooth. Elle est liée à une application, sur smartphone ou tablette mais aussi sur ordinateur. L’ouverture se fait à proximité de la porte en tapant un code, choisi à l’avance. On peut en créer plusieurs et associer chacun d’entre eux à des plages horaires. Il peut aussi être possible de déclencher l’ouverture par l’approche du téléphone grâce à sa connexion NFC ou par celle d’une étiquette RFID, donc sans téléphone. Cette dernière pourra être désactivée en cas de perte. Le boîtier est alimenté par pile, avec, actuellement, une autonomie d’un an, une alerte apparaissant sur l’écran quelques semaines avant la panne. Et on conserve la possibilité d’une clé classique..

Le smartphone peut-il vraiment changer cela ?
Jusque-là, pour commander un automatisme, il fallait un boîtier, qui était spécifique et qui pouvait être coûteux. Aujourd’hui, le smartphone apporte la liaison radio et la standardisation. Tout converge vers le numérique, il existe déjà de nombreux objets connectés ou connectables et la plupart des gens ont déjà un smartphone. Le président de Samsung a récemment affirmé qu’en 2020, tous les appareils vendus par son entreprise seront connectables car le surcoût que cela induit est maintenant marginal. En France, l’entreprise qui a créé Mother a eu une idée magnifique avec ses ” Motion cookies » [des capteurs de mouvements à coller où l’on veut et centralisés par transmission radio, NDLR] qui connectent à peu près n’importe quoi. Au lieu que lui soient imposées des fonctions, c’est bien à l’utilisateur, désormais, de choisir comment utiliser ces technologies connectées, pour ses propres usages et pour coller à ses habitudes.

Les serrures de la jeune société américaine August sont dessinées par le designer suisse Yves Béhar. Avec un module optionnel, elles peuvent se piloter à distance via Internet. © August
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