[EN] Nemo s’apprête à exploiter l’énergie thermique des mers

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L’expert : Jean Ballandras. Secrétaire général de Akuo Energy. Diplômé de Sciences-Po, ancien élève de l’Ena, conseiller technique de la Présidence de la République de 2003 à 2005, secrétaire général aux Affaires régionales à la préfecture de la Réunion de 2005 à 2011, responsable du projet Gerri (le Grenelle de l’environnement à la Réunion).

Qu’entend-on par énergie thermique des mers ?
Jean Ballandras : L’énergie thermique des mers, ou ETM, est l’exploitation de la différence de température entre les eaux de surfaces, chaudes, et celles qui circulent à environ mille mètres, froides (à peu près 5 °C). Le principe technique est bien connu, c’est celui de l’échangeur de chaleur et il a d’ailleurs été étudié depuis longtemps [voir l’encadré, NDLR]. Ici, il repose sur l’ammoniac, un gaz qui se condense en un liquide en dessous de 20 °C. L’eau chaude, prélevée sous la surface, le gazéifie dans un échangeur. Ce gaz se détend et fait tourner une turbine, couplée à un alternateur qui produit de l’électricité. Il repasse à l’état liquide dans un condenseur, quand il est refroidi par l’eau remontée du fond et qui, en pratique, a une température de 7 ou 8 °C.
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Le projet Nemo est celui d’une centrale flottante, qui sera opérationnelle en 2018, construite par DCNS (anciennement Direction de la construction navale) et par Akuo Energy, producteur français d’énergies renouvelables. Sur la côte est de l’île, à 7 km au large de Bellefontaine, elle produira à terme 16 MW et fournira de quoi alimenter environ 35.000 foyers. © DCNS
Quelle puissance atteint Nemo ?
En Martinique, l’installation flottante Nemo, qui sera constituée de 4 modules, atteindra 16 MW. Nous travaillons aussi sur le projet Nautilus (de 5,6 MW), en Martinique également, dont les installations seront à terre et qui sera monomodule. Les 16 MW de Nemo représentent la puissance produite mais une partie sert à faire fonctionner les pompes et tout le reste de l’installation. Le bilan net de Nemo sera de 10,5 à 11 MW.
L’énergie thermique des mers, chère à Jules VerneLe nom du projet Nemo est un acronyme (New Energy for Martinique and Overseas) mais il rend aussi hommage au capitaine du Nautilus. Par sa bouche, en 1870, Jules Verne explique qu'” il aurait pu, en établissant un circuit entre des fils plongés à différentes profondeurs, obtenir de l’électricité par la diversité des températures qu’ils éprouvaient… » Jacques Arsène d’Arsonval, médecin et physicien, en décrit explicitement le principe en 1881 et Georges Claude, ingénieur, tente dans les années 1930 d’exploiter l’ETM à Cuba et au Brésil. Mais l’océan, à chaque fois, a eu raison des longs conduits d’eau immergés.Des essais ont lieu dans les années 1950 à Abidjan et en Guadeloupe, puis au Japon et aux États-Unis à partir des années 1970 et même à Tahiti dans les années 1980. C’est à la Réunion qu’a eu lieu récemment, de 2011 à 2104, la mise au point par DCNS d’un prototype de centrale ETM à l’IUT de Saint-Pierre, au sud de l’île, validant le concept.

Quelles sont les limites de l’ETM ?
Tout d’abord, cette énergie n’est exploitable qu’en région tropicale. Il faut une différence de température d’environ 20 °C, ce qui exige une eau de surface à 25 °C minimum. Par ailleurs, la profondeur de 1 000 m doit être facilement accessible, donc pas trop loin de la côte. Concrètement, l’ETM convient donc bien sur les îles volcaniques où les pentes du fond sont importantes. Cela exclut les côtes bordées par un plateau continental. En Guyane, par exemple, il faut s’éloigner de 60 km de la côte pour trouver des fonds à mille mètres.

La centrale Nautilus, en projet à la Martinique, également à Bellefontaine, est plus modeste mais elle sera située à terre et mise en service en 2017. Elle ne fera pas que produire de l’électricité (pour 15.000 foyers), elle fournira aussi de l’eau froide pour la climatisation de bâtiments, pour l’aquaculture et pour une centrale EDF à fuel. © DCNS
Quels sont les avantages ?Nombreux ! C’est une énergie facilement accessible, avec des installations simples. Le principe est éprouvé et, même si le rendement théorique est faible (7 %), la ressource est gratuite… Et contrairement à la plupart des autres énergies renouvelables, la production est constante, 24 heures sur 24 et tous les jours de l’année. Elle peut seulement baisser légèrement avec les saisons, peu marquées sous les tropiques. Sur le plan financier, il y a un investissement à consentir au départ mais ensuite, comme pour un barrage, le coût de fonctionnement est faible. Cette énergie renouvelable a très peu d’impact sur l’environnement et, visuellement, les installations ne sont pas imposantes. Il y a bien l’ammoniac, un produit à ne pas libérer dans la nature, mais ce risque est vraiment très bien maîtrisé. Enfin, une centrale ETM peut aussi être exploitée directement, pour la climatisation notamment, en utilisant l’eau fraîche venue des profondeurs. Ce sera le cas de Nautilus.
A lire : El Hierro, une île dans le ventSi la technique est connue depuis longtemps, pourquoi l’ETM n’est-elle pas répandue ?Sur le plan technique, il a fallu mettre au point des conduits (qui mesurent plusieurs mètres de diamètre) suffisamment solides. Le milieu océanique au niveau de la côte est très difficile. Sur le plan économique, le bas coût du pétrole a longtemps dissuadé de chercher à exploiter l’ETM.À part Nemo et Nautilus, existe-t-il d’autres projets ?Oui, aux Philippines, en Indonésie… L’ETM va se déployer dans les Caraïbes et dans le Pacifique. C’est une technologie bien adaptée aux milieux insulaires et qui ne fait que commencer !Sur le même sujet
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