[EN] L’intelligence artificielle pour éduquer nos enfants

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L’expert. Jean-Gabriel Ganascia, spécialiste d’intelligence artificielle et d’apprentissage machine, est professeur d’informatique à l’université Pierre et Marie Curie, responsable de l’équipe ACASA (Agents Cognitifs et Apprentissage Symbolique Automatique) du LIP6 (Laboratoire d’Informatique de Paris VI) et directeur-adjoint du Labex OBVIL. Ses recherches portent aujourd’hui sur le versant littéraire des humanités numériques, sur la philosophie computationnelle et sur l’éthique des technologies de l’information et de la communication.

Quel rôle l’intelligence artificielle peut-elle jouer dans l’éducation ou l’éveil des enfants à travers les jouets dits cognitifs ?
Jean-Gabriel Ganascia : Cela fait déjà un certain temps que des jouets intègrent un peu d’intelligence artificielle. Prenez les poupées qui répondent à des commandes ou bien les livres interactifs avec lesquels l’histoire se construit en fonction des réponses. Nous sommes là sur une tendance naturelle. L’intelligence artificielle crée une sorte d’encyclopédie en beaucoup plus souple. La principale difficulté avec les enfants, c’est qu’ils peuvent poser toutes sortes de questions et cela de manière parfois très surprenante. Tout le défi pour l’intelligence artificielle est de savoir répondre en reformulant les questions afin d’adapter le registre à l’âge et au niveau de l’enfant puis de produire une information qu’il puisse assimiler. Une chose est sûre : une machine sera toujours plus patiente qu’un humain ! Je pense que les jouets cognitifs pourraient trouver place auprès de certains enfants timides qui seront plus facilement en confiance avec une machine. De manière plus générale, l’intelligence artificielle pourrait accompagner les enfants dans leur apprentissage extrascolaire en adaptant la difficulté des exercices avec plus de souplesse que dans une classe d’école et avec plus de discernement que des parents qui peuvent parfois être en décalage avec les exigences scolaires. Une machine peut être plus attentive aux erreurs, plus spécialisée dans son approche pédagogique.
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En 2011, le superordinateur Watson d’IBM s’est illustré en battant deux concurrents humains en direct lors du jeu télévisé Jeopardy. © IBM
Les détracteurs des jouets cognitifs mettent en avant les dangers liés à l’exploitation des données personnelles collectées. Ont-ils raison ?
L’architecture de ces jouets doit respecter des exigences en matière de confidentialité et de sécurité des données. Il faudra recourir à des certifications pour le garantir et procéder à ce que l’on appelle du privacy by design. Les fabricants doivent intégrer cela s’ils ne veulent pas se donner une mauvaise image. Et le législateur aura sans doute un rôle à jouer. Pour élargir le débat, je dirais que nos sociétés sont traversées par trois aspirations contradictoires. La première est un désir farouche d’intimité et de respect de sa vie privée. La deuxième est une demande de sécurité et de protection contre les maladies ou les risques terroristes, ce qui exige que l’on livre des données. La troisième aspiration est un besoin insatiable de transparence totale qui fait que l’on veut tout savoir sur tout le monde. Tout ceci s’oppose et il va falloir trouver un équilibre…
Le Dino CognitoysAprès avoir démontré les performances de son superordinateur Watson qui est parvenu à battre des humains au jeu télévisé Jeopardy en 2011, IBM s’emploie à lui trouver des débouchés commerciaux. Pour cela, le géant nord-américain a lancé un concours à destination des développeurs pour les inciter à créer des applications exploitant les capacités de Watson. C’est de là qu’est issu le projet de jouet cognitif Dino Cognitoys. Ce petit dinosaure en plastique est capable de mener des conversations, de plaisanter, de chanter avec les enfants tout en apprenant à les connaître. Il est doté d’un système de reconnaissance vocale et connecté en permanence à une application de cloud computing basée sur Watson. L’idée est que le jouet devienne un compagnon qui pourra évoluer en permanence et ” grandir » avec son utilisateur.

L’intelligence artificielle va-t-elle devenir un produit de consommation ?Mais elle est déjà un produit de consommation. Pensez aux moteurs de recherche sur Internet, aux assistants vocaux dans les smartphones. L’intelligence artificielle joue déjà un rôle très important dans notre société de l’information car tout le système économique actuel repose sur des outils de profilage. C’est elle qui sous-tend l’analyse des masses de données que chaque individu produit, ce que l’on appelle les Big Data. Proposer le produit que l’on est plus susceptible de désirer, faire des recommandations sont autant d’outils commerciaux qui reposent sur de l’intelligence artificielle.

La marque nord-américaine Mattel a suscité la polémique après la sortie de sa nouvelle poupée Hello Barbie dotée d’un système de reconnaissance vocale passif, qui écoute en permanence les sons environnants et dresse un profil du goût des enfants. En Allemagne, la presse est allée jusqu’à rebaptiser le jouet Barbie Stasi en référence la police politique de l’ex-régime est-allemand. © Mattel
En dehors des jouets, quelles sont les applications grand public dans lesquelles l’intelligence artificielle aura une influence dans un avenir proche ?On pourrait plutôt se demander dans quels domaines l’intelligence artificielle ne va pas se manifester ! Je dirais que les transports sont un domaine clé avec les voitures robotisées sans conducteur. Dans la santé également où la numérisation des données est une vraie révolution. On a des capteurs qui peuvent collecter des données en continu et l’on verra arriver des outils connectés qui aideront à réaliser des diagnostics et à traiter certaines maladies. Je pense aussi aux systèmes de traduction automatique qui deviennent de plus en efficaces. Cette intelligence artificielle va jouer un rôle croissant dans nos vies. Elle va transformer nos objets quotidiens (voiture, électroménager, domotique, etc.) tout en restant invisible.

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