[EN] Des réseaux Internet seront tissés dans les campagnes

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Gordon Blair. Professeur à l’École d’informatique et de communications (School of Computing and Communications) à l’université de Lancaster (Royaume-Uni). Responsable du cours sur les systèmes informatiques distribués (c’est-à-dire répartis, en collaboration, entre plusieurs ordinateurs voire plusieurs sites), qui sont à la base du Web ou du calcul scientifique partagé. Il est à l’origine du projet pilote d’objets connectés dans la campagne.

Pourquoi disséminer des capteurs dans la campagne ?
Gordon Blair : Pour mieux la comprendre… Aujourd’hui, nous avons bien sûr des données de différentes sources, stations météo et satellites par exemple. Mais la précision est insuffisante et il nous faut des informations en temps réel. Nous pourrions ainsi surveiller la qualité des sols, qui varie le drainage par l’eau de ruissellement, la variation du niveau des rivières, les mouvements des animaux, l’humidité ambiante…
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Aux États-Unis, un vaste programme, baptisé Smart Forest, a tissé un réseau de surveillance des forêts avec une multitude capteurs (températures, humidité, pression…). D’autres projets existent pour la détection précoce des incendies. Ici, une installation à Marcell (Minnesota). © Ian Halm / United States Forest Service

Pour quels usages ?
Nombreux ! Il serait possible de surveiller l’état de la pollution, par exemple. De fortes pluies entraînent dans le sol des polluants divers venus des cultures ou des villes. Actuellement, nous ne pouvons pas prédire comment ils se répandent dans une région donnée. De même, les inondations locales, tout comme les sécheresses, pourraient être mieux anticipées. Des GPS pourraient suivre les mouvements des troupeaux, etc. Comment se déplacent-ils ? S’approchent-ils de cours d’eau pollués par exemple ? Bien souvent, les éleveurs l’ignorent.

Le projet de la campagne connectéeMenée autour de Conwy, en Galles du Nord, le projet pilote consiste à répartir une série de capteurs en différents endroits du comté. Des colliers à GPS seront installés sur les moutons. Des capteurs de température et d’humidité dans le sol ou sur les berges de rivières permettront de suivre le cycle de l’eau et de détecter des pollutions éventuelles. Des émetteurs transmettent automatiquement les données vers des antennes, avec des distances de 1 à 5 kilomètres. Mais l’idée du projet est de réduire ces distances avec un réseau d’antennes plus important. Sur les moutons, les colliers portent des petites batteries, la faible consommation des émetteurs permettant une autonomie de six mois d’après les concepteurs. Les capteurs fichés en terre ou placés sur les pieds de ponts seront, eux, alimentés par des cellules photovoltaïques. Dans un premier temps, le projet prévoit le déploiement de quelques dizaines de capteurs, mais un réseau opérationnel devrait en comporter des milliers. Le prix moyen d’un capteur est estimé à 40 euros, mais les prix devraient continuer à baisser et, avec les progrès de la technologie, ces réseaux commencent à devenir envisageables.

Les bénéfices iraient-ils au-delà de l’agriculture ?
Bien sûr ! Pour les villes, l’Internet des objets est d’un intérêt évident. On imagine tout ce qu’il peut apporter : surveiller le trafic automobile, suivre la pollution atmosphérique, aider au stationnement des voitures, etc. En dehors des cités, son utilisation est peu évoquée. Pourtant, les campagnes font face à de vrais défis, liés au climat, aux risques d’inondation et de pollution. Les possibilités apportées par l’Internet des objets sont sans limites ! Jusqu’à présent, cette informatisation de l’environnement n’était pas envisageable hors des villes. C’est possible aujourd’hui grâce aux progrès de la technologie, celle des capteurs, des émetteurs-récepteurs, des réseaux Wi-Fi et des batteries.

Le comté de Conwy, au nord du Pays de Galles, autour de la ville et de la rivière du même nom, est une terre d’élevage. C’est là que l’université de Lancaster mène un projet pilote d’Internet des objets en milieu ouvert pour surveiller l’environnement. © Stuart Madden/Licence Creative Commons (CC-BY-SA 2.0)
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